Jeanne Labourbe ( 1877 - 1919 ), première communiste de France

L'exemple révolutionnaire de Jeanne labourbe
L'exemple révolutionnaire de Jeanne labourbe

Un destin de femme engagée dans l'action révolutionnaire comparable à celui de Louise Michel.


Jeanne Labourbe fut la première communiste française à avoir participé à la révolution bolchevique.


Fille d'ouvriers agricoles, elle quitte Lapalisse dans l'Allier pour servir une famille de la noblesse polonaise. Dès 1905, elle se lie d'amitié avec Lénine.


Fondatrice du Groupe Communiste Français à Moscou, elle est chargée de circonvenir les militaires français de la mission Lavergne et elle y réussit en grande partie.


Envoyée à Odessa, ville occupée par les troupes françaises accourues au soutien des armées russes contre-révolutionnaires, elle est assassinée par celles-ci le 2 mars 1919.


Son nom et son action guideront André Marty, Charles Tillon et les mutins de la Mer Noire. La ville de Lapalisse, près de Vichy, a donné son nom à l'une de ses rues. En Russie, elle n'est pas oubliée, un musée lui est consacré à Odessa.


André Marty donne la relation suivante de son engagement politique :

 

« A 19 ans, elle était en service comme repasseuse. Une annonce demandant une jeune fille pour enseigner le français à des jeunes filles polonaises lui tomba sous les yeux ; elle partit. C’était en 1896.

 

Installée dans une famille polonaise, près de la frontière allemande, elle y joua le rôle douloureux de gouvernante et de demi-servante. Mais en même temps qu’elle apprenait le français aux enfants, elle complétait et étendait sa petite instruction primaire. [...] Elle fut reprise comme institutrice en Pologne, alors territoire russe. C’est alors qu’elle se lia avec la famille d’un déporté politique et, peu à peu, s’initia aux questions sociales, étudiant, apprenant toujours. Elle commença à passer le courrier révolutionnaire à la frontière [...]

 

Lorsqu’éclata la révolution de 1905, son grand cœur, son courage viril, son dévouement absolu à la cause prolétarienne la lancèrent dans le mouvement libérateur [...] à partir de ce moment, elle se consacra au travail du POSDR (b) [...]

 

Militante de toutes les minutes de la grande Révolution socialiste d’Octobre 1917, [...] Le 31 août 1918, elle fonda le « Groupe communiste français de Moscou » [1].

 

Jeanne Labourbe, aidée par Mme Barberet, commença dès 1917 à gagner à la fraternisation avec la Révolution les membres des missions militaires françaises et autres français envoyés en Russie. [...] Elle était pour tous ses camarades le modèle du dévouement, de l’abnégation et de la vaillance. [...]

 

Elle était frémissante quand elle apprit que les soldats français avaient débarqué à Odessa. Elle ne pouvait supporter l’idée, disait-elle, que « les fils des communards de 71, les descendants des révolutionnaires de 93, viennent étouffer la grande révolution russe. » [...] Elle obtint du Comité central du Parti d’être envoyée à Odessa. Elle y arriva en traversant le front.

 

Elle se jeta dans l’action avec sa foi, son enthousiasme. Elle remaniait la rédaction des tracts, des journaux, trouvant toujours qu’ils n’étaient pas assez vivants, qu’ils n’accrochaient pas assez le cœur des soldats ... »

 

Elle fut arrêtée puis, avec dix autres camarades, exécutée le 2 mars 1919 par la police française et les russes blancs. L’indignation fut si grande en France que la Ligue des droits de l’homme demanda au gouvernement des précisions sur sa mort. La réponse, publiée dans l’Avenir international (organe syndicaliste révolutionnaire) de février 1920, est le seule version gouvernementale de l’assassinat :

 

«  Monsieur le Président,

M. le Ministre des Affaires étrangères a transmis à M. le Président du Conseil votre lettre, en date du 15 octobre, par laquelle vous demandez à être renseigné sur les circonstances qui ont accompagné la mort de Mme Jeanne Labourbe, qui eut lieu à Odessa, lors du débarquement de nos troupes dans cette ville. Du rapport qui a été dressé sur cette affaire, il ressort ce qui suit :

 

« En février 1919, une délégation bolchévik fut envoyée à Odessa par le gouvernement des Soviets, dans le but de provoquer des mutineries parmi les troupes françaises et les amener à la révolte et à la défection. La police russe, qui opérait alors à Odessa, était spécialement aux ordres du général russe, gouverneur de la ville ; elle fit arrêter, au cœur même d’une réunion, les membres de ce comité ; certains d’entre eux tirèrent sur les agents et le groupe fut passé, séance tenante, par les armes. Ce n’est que plus tard que le commandement français apprit qu’au nombre des victimes se trouvait une Française, vraisemblablement Mme Labourbe. »

 

 

Tels sont les faits. Ils sont d’ailleurs antérieurs au 13 mars 1919, date à laquelle l’état de siège fut proclamé et où la police russe passa sous les ordres de l’autorité militaire française. »

 

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